Archives >> septembre 13, 2007

Manifeste(ment)

Je revendique de croire que, parfois, il arrive dans la vraie vie des choses qui semblent n’arriver que dans les films.
Je revendique ma naïveté.
Je revendique mon sens des réalités. Car parfois, oui, ça arrive, et c’est même encore mieux que dans les films.

Je revendique le droit de chérir ses souvenirs sans vivre dans le passé.

Je revendique mon droit inaliénable à n’avoir aucune revendication, parce que les revendications ont tendance à m’exaspérer.
Je revendique mes contradictions, mes incohérences, mes paradoxes, toutes mes bêtises et les quelques neurones qui, parfois, font bien leur boulot.
Je revendique de me reconnaître dans quelques étiquettes et pourtant, plus ça va, plus je déteste les étiquettes qui nous réduisent à une idéologie, une religion, la culture d’un pays dont nous serions les représentants bien malgré nous, un genre, un lien familial, une orientation sexuelle, une origine géographique, une façon de s’alimenter, de se vêtir, de conduire, de boire ou de rire.
Parce que si vous savez dire de façon complète et définitive ce qu’est “un mec de gauche”, “une catho”, “un Français”, “une femme”, “une mère”, “un fils”, “une veuve”, “un hétéro”, “une lesbienne”, “un mec de province”, “une parisienne”…… Alors bravo. Ah oui, bien sûr, il y a les dictionnaires. Mais quel abîme entre les définitions bien propres, bien lisses, bien détourées comme un montage photo en couverture d’un magazine, et ce que nous entendons dans ces mots. Et ce que nous voulons dire quand nous employons ces termes….
Je revendique la complexité des mots, des êtres, de la vie, je revendique leur simplicité.

Je revendique le fait que ce que je viens d’écrire soit, peut-être, ou peut-être pas, le début d’un blog.

Je revendique mon amour des futilités, des banalités, des subtilités, et de tous les petits riens.
Je ne revendique….. plus rien.
J’écris, c’est tout. Et je revendique d’écrire ici des choses sans intérêt.
D’ailleurs, vous pouvez éteindre votre ordinateur et reprendre une activité normale.
Ça ne fera de mal à personne.

Je revendique le droit de continuer ce manifeste, quand ça me chante, si ça me chante. Ou pas.
Je revendique le droit de ne pas savoir si tout ce fatras de mots sera un jour en ligne.
Et j’ai assez revendiqué comme ça pour le moment.

Je viens de passer du temps à relire des trucs que j’ai écrits il y a longtemps, ou un certain temps.
J’ai longtemps pensé que je ne sais écrire que de deux façons : pro, ou malheureuse.
Écrire en étant pro, parce que ça a été et c’est mon métier. On me donne un sujet, un ton, un volume. Je sais faire.
Je me renseigne sur le sujet, et j’écris la quantité souhaitée. Dans un français correct, et parfois même un peu plus que ça. C’est déjà ça.
Et puis, dans ma vie, j’ai écrit quand j’étais malheureuse. L’exutoire, le défouloir. Le trottoir de papier ou de pixels sur lequel on déverse ses larmes, son sang, sa haine ou sa gerbe. Proprement. Sans se donner en spectacle, sans éclabousser personne avec les saletés, les miettes ou les inepties qui ont besoin de sortir. On peut être totalement impudique en toute décence. C’est bien pratique. On peut cracher ses boyaux, ses tripes, sa bile, son inconsistance, on peut rêver sa vie, s’en créer une autre, crever la sienne, et on peut faire ça mal, bêtement, naïvement…. sans risque. Sans crainte du ridicule. Personne n’est là, personne ne voit, personne ne lit, personne ne sait. Certains se défoulent sur un ring, certains s’assomment d’alcool, certains appellent à l’aide, certains bouffent, certains baisent, certains jouent au loto, certains essayent juste d’attendre d’être moins malheureux, et certains écrivent. Quand j’ai été malheureuse, j’ai écrit.
Et puis j’ai un peu écrit aussi en écrivant aux autres. Des lettres ou des mails qui n’étaient pas ou pas que des cartes postales de vacances ou des infos à envoyer.
Bon.
Mais écrire comme ça, en étant lâchée dans le vide sans un sujet à traiter, une douleur à (di)gérer ou quelque chose de précis à dire à quelqu’un, je me demande si j’ai déjà fait…..
Je ne crois pas. J’ai essayé quelque fois, il y a longtemps, mais franchement…. c’était nul ! Trop nul pour que je continue, y’a des limites tout de même.
Il y a aussi un début à tout paraît-il. Mouais. Pas si sûr….
Mais il y a une envie, et une sorte de défi aussi – un alibi.

Ça fait un moment que je passe des heures à lire les gens. Sur le web. Oui, des blogs, mais je n’aime pas le mot. Je lis des gens, des opinions – un peu – et de la vie surtout. Des sentiments, des émotions, des petits riens ou des gros tout. J’aime ça. La vie, les gens, leurs vies. J’y passe des heures alors que j’ai des tas d’autres choses à faire, des choses que je devrais faire. Mais quand je commence, j’ai du mal à arrêter.
Et souvent, j’ai envie de dire. De dire ce que j’en pense, de dire que ça m’a émue, de dire une connerie, et de dire tout court. D’écrire tout court.
Bref, comme beaucoup j’imagine. Je lis les gens sur le web, et du coup j’ai envie d’écrire.

J’aime écrire mais je n’aime pas trop dire. Je suis plus à l’aise, mille fois plus à l’aise par mail que par téléphone, surtout avec quelqu’un que je ne connais pas.
Ou alors je dis en face, de vive voix. Mais le téléphone….. bof bof bof.
J’aime faire des listes, et surtout des j’aime / j’aime pas. Donc voilà un bon début :
Je n’aime pas le téléphone.
Je n’aime pas les interphones.
J’aime la musique mais je n’y connais rien, j’aime le bon vin mais je n’y connais rien.
J’aime le fait de ne pas tout savoir, j’aime apprendre des choses.
J’aime l’endroit où j’habite, plus que - et différemment de - ceux où j’ai habité avant, que j’aimais autrement.
Je n’aime pas le travail bâclé, je déteste les regrets.
J’aime le moment où je découvre les gens qui me semblaient inconsistants. J’aime voir ce qui était là mais que j’ignorais. J’aime quand ils se mettent à exister, à être, quitte à ne pas aimer ce qu’ils sont.
J’aime les spécialistes et les amateurs.
J’aime les histoires : celles des films, celles des livres, celles dans la vie.
J’aime que les choses ne soient pas nécessairement “dans le bon ordre”. Comme les éléments de cette liste.
Je déteste la maniaque en moi qui a du mal à supporter que les choses ne soient pas comme ci ou pas comme ça.
Je me déteste quand je ne sais pas m’empêcher de dire les choses, quand ce sont des choses qui n’ont aucune importance.
J’aime bien être quelqu’un qui dit, plutôt que quelqu’un qui tait.
J’aime tout un tas de choses bien plus importantes que tout ce que je viens de dire.
Et puis il y a les gens que j’aime, bien sûr. Mais ils n’ont rien à faire dans des listes.

J’aime me dire qu’il n’y a pas que les pièces de monnaie qui ont deux faces.
J’aime les faces cachées des gens. J’aime ces moments, un peu hors du temps, où l’apparence, les règles tacites de vie entre êtres humains policés, le réflexe qui fait répondre “bien, et toi ?” à quelqu’un qui demande comment ça va, s’effacent, un peu ou beaucoup. Quand les gens se disent, osent, se confient. J’aime que ce soit maladroit, pas prévu, pas calculé. Qua ça arrive, comme ça, sans prévenir, sans mentir, sans le fard habituel du “ça ne sa fait pas”, “on ne fait pas comme ça”.
C’est pour ça que j’aime lire les gens sur le web, évidemment.
J’aime cette protection de l’écran, de l’ordi, des réseaux de fils, cet anonymat ou cette distance qui font que les gens se disent, plus facilement que dans la vie.
J’aime quand je repense à cet accident de voiture qui aurait bien pu nous tuer, et que je me dis que les problèmes de tous les jours ne sont que des problèmes de tous les jours, rien de plus, rien de grave.
Je n’aime pas quand le souvenir de cet accident s’impose à moi et me rend vide, d’angoisse. Je n’aime pas être confrontée à cette fragilité de la vie. Je n’aime pas cette baffe en pleine gueule qui me dit que ceux que j’aime peuvent disparaître comme ça, là, aujourd’hui.
Je n’aime pas la mouche qui vient de se coller à mon écran, attirée par la lumière.
J’aime faire les gâteaux, mais je n’aime pas les manger.
Je n’aime pas les gens qui se prennent au sérieux, mais j’aime ceux qui savent être sérieux.

J’ai aimé écrire tout ça, mais je sais pas si je vais aimer le rend l/v-isible.

Au départ, il y a eu :
Un site sur lequel je suis (re)tombée il y a un bon nombre de mois, parce que ça fait environ 10 ans que je lis ce qu’il écrit sur le web. C’est www.somebaudy.com. J’ai lu, puis j’ai cliqué, de blog en blog, et j’ai lu, et lu, et lu.
Ça m’a donné envie d’écrire un peu aussi.
Mais je ne me décidais pas.
Manque de temps, flemme… Ou peut-être bien de la résistance (cf plus bas).
Et puis il y a eu un mélange qui a servi de détonateur.
Ce mélange, c’est, en l’espace de 24 heures :
Un “manifeste pour un romantisme excentrique”. Rien que le nom, j’ai les mots qui m’ont démangé, il a bien fallu que je gratte, je ne sais toujours pas m’empêcher de griffer au sang les boutons de moustique.
+ un blog qui m’a tiré des sourires et des larmes. J’avais déjà été émue en lisant certains blogs, mais là……..
+ une proposition que j’ai faite d’écrire un texte dont je n’ai pas la moindre idée de comment j’aurais pu l’écrire. Défi rigolo, compliqué, et j’aime bien ce qui n’est pas simple. Je ne serais probablement pas amenée à l’écrire. Mais du coup, l’envie d’écrire m’a démangée encore plus.
+ J’ai dit merci au monsieur pour le lien vers le manifeste, et j’ai parlé des démangeaisons. Il m’a répondu “lis ça”. Esprit de contradiction aidant, je ne l’ai pas fait.
À la place, j’ai écrit ça (le 8 septembre 2007).

Comments (5) »

  • Calendrier

    septembre 2007
    L Ma Me J V S D
        oct »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930